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Le Grand Paris, "le grand pari" audacieux de Nicolas Sarkozy ? 2/2 - La réaction de Bruno CHANUT PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 05 Mai 2009 20:22
Bruno Chanut est Vice-Président de l'EPA Seine Arche et Conseiller municipal Délégué aux Transports et Déplacements de Nanterre.

Le Président Nicolas Sarkozy s'est livré à son exercice favori qui consiste à constater l'évidence, s'appuyer sur des pensées de grands noms de l'histoire de France, Victor Hugo en l'occurrence, pour mieux introduire sa vision tranchée, peu soucieuse de la démocratie et sous couvert de modernité et d'efficacité dessiner le chemin d'une formidable régression par la destruction systématique de l'état de droit et des acquis sociaux vécus comme des freins à l'expansion.
Naturellement, il n'oublie pas de manier la carotte et le bâton, menaçant les opposants de passer en force.

Regardons d'un peu plus près.

Cela a commencé par une énumération de bons sentiments en souhaitant "partir de la réalité" pour "rompre avec ce qui a déshumanisé nos villes"; "Comment inventer la ville durable ? Ce sera le plus grand défi du XXIème siècle et l'ambition du Grand Paris.

Puis, s'appuyant sur le travail remarquable, qu'il a su lancer il est vrai, des 10 équipes qui ont exprimé 10 points de vue différents mais tous enrichissants, il a tracé pendant 45 minutes le projet que Christian Blanc est chargé de mener, encensant au passage "l'homme d'expérience, de rigueur et d'audace" sans oublier de faire un peu d'œcuménisme en proposant que ce projet soit conduit tous ensemble sans distinction d'opinion politique :"dans le RER les gens sont de droite et de gauche, n'est-ce pas ?"

Tout juste après avoir fait "peuple", il a fait appel à Victor Hugo qui voyait dans la capitale la ville héritière de Jérusalem, d'Athènes et de Rome, incarnant "le Vrai, le Beau, le Grand".

Les concepts ont alors fusé, parlant tour à tour de foyer de savoir et de connaissance, de la dimension culturelle, intellectuelle et spirituelle, de beauté, certes subjective mais véritable question centrale du bonheur : "la civilisation commence quand esthétique et politique s'allient, le Parthénon a parlé à tous les hommes."

Un petit couplet sur les tours, fait de connivence pour mieux amadouer : "on peut construire haut (j'ai toujours pensé ça Bertrand) bas, petit, grand pourvu que ça soit beau, pourquoi des interdits ?"

Puis un autre couplet sur la grandeur de la Ville Monde, Paris Région Capitale et pas seulement capitale de la France, le Grand Paris carte maîtresse de la France à condition d'avoir la volonté de le penser plus large que le périphérique, que la petite couronne, que la Région Île-de-France mon cher Jean-Paul !

Était venu le temps du couplet social avec le Juste : le Grand Paris brasse les âges, les pensées, les cultures et doit être une source de protection pour les plus faibles : il n'y aura plus de banlieue, plus de zone urbaine sensible, et l'adresse cessera d'être le début de la discrimination.

Après ce tableau idyllique, auquel bien peu peuvent résister, est venu la description du chemin pour y parvenir.

Ce fut alors la description d'un vaste processus de transformation, véritable projet collectif, avant toute réforme institutionnelle et administrative (mais on y reviendra à la fin), projet que nul ne peut écrire seul : l'État a besoin des élus et vice versa et les enjeux de pouvoir n'ont aucun sens à ce stade même si on ne les ignore pas.

Partant d'un constat partagé, montrant que le développement d'un croissant reliant Londres à Milan prend à revers la France par l'Est et risque d'entraîner la chute des deux grands ports du Havre et de Marseille, il a lors repris pelle mêle des idées des 10 architectes, des projets déjà existants, d'autres balbutiants pour dessiner un avenir radieux :
 - Le Havre doit être le port du Grand Paris à 1 heure grâce à la grande vitesse, la Seine son axe nourricier désenclavé d'ici 2015 depuis le grand port d'Achère par le canal Nord et relié à toute l'Europe.
 - Des trames vertes doivent rejoindre le centre, des serres, de l'agriculture de proximité, des constructions sur pilotis, de nouvelles forêts (2.500ha à Roissy). 30% d'augmentation des forêts franciliennes ne permettrait-il pas une baisse de 1 à 2°C des pics de chaleur
 - Des repères, des lieux magiques du Mont Valérien à Gennevilliers pour donner son identité à la ville, passer de la ville du besoin à la ville du désir

Viens alors une liste impressionnante de projets dessinant une métropole multipolaire et ouverte, ressemblant à celle décrite par le SDRIF, faite de pôles de développement stratégiques. Le Président serait-il enfin décidé à faire aboutir ce formidable projet du Conseil Régional ? Un espoir s'allume.

Il est malmené lorsque vient le tour du pôle d'excellence à vocation mondiale à l'Ouest : La Défense devient la cité financière des services aux entreprises à haute valeur ajoutée; "imaginez cher Patrick, Monsieur le Maire (un peu coincé en le disant comme si il ne pouvait faire autrement) l'arrivée de Dauphine pour en faire le plus formidable cluster de la finance". Et Paris X Nanterre, oubliés ses 32.000 étudiants !

L'espoir se rallume pour nous les nanterriens : "la métropole est figée entre les infrastructures qui sillonnent notre territoire, l'avenir est aux îlots ouverts avec des quartiers évolutifs. Désenclavons, rétablissons de la continuité, des ponts, des passerelles; il faut couvrir les infrastructures et les enterrer".
Ça y est, c'est pour nous, voilà la grande annonce que notre Maire, invité à cette conférence de presse, espère tant.
Malheureusement ce moment d'espoir pour le Petit Nanterre, la couverture de notre échangeur et le traitement des voies SNCF est vite retombé. En effet, il ne s'agissait que d'enfouir la RN13 à Neuilly-sur-Seine, "cette autoroute qui coupe la ville en deux" ou de La Défense dont l'urbanisme de dalle et son périphérique l'isole ! Ce qu'on fait à La Défense il faut le faire partout, l'inscrire dans tous les documents d'urbanisme…
Raté !

Un moment sur "les tranchées ferroviaires béantes", encore pour Nanterre ? Non, pour le cher XVIIème arrondissement de la pauvre Françoise de Panafieu !
Encore raté !

Un moment sur les 155 zones urbaines sensibles prioritaires et leurs 1,2 millions d'habitant pour se réjouir d'avoir défini des priorités " si non combien en aurions nous ?
Cette fois, c'est sûr, nous le savions déjà, c'est encore dommage pour Nanterre qui n'a aucune de ses cités dans cette liste !

Comment les traiter ? Par un coup de baguette magique, grâce aux nouvelles missions de l'ANRU qui va pouvoir mobiliser les terrains fonciers publics dans le cadre d'une vaste stratégie globale avec le Port Autonome de Paris, la SNCF, la RATP et les Aéroports. De financement pas un mot; c'est vrai que l'ANRU est si riche…

Pour faire quoi ? 70.000 logements par an sans préciser d'ailleurs la part de logements sociaux. Heureuse nouvelle.

Quel est l'obstacle ? La façon dont on gère le foncier. On dispose en fait de 200km², 2 fois la surface de Paris intra muros, en préservant les surfaces rurales, soit 2 à 3 fois plus que nécessaire à l'horizon 2030.

Comment se fait-il que personne ne s'en soit aperçu ?
C'est la faute à la réglementation qui est un frein à faire sauter : construisons dans les zones inondables, utilisons les délaissés au milieu des infrastructures !!!! On se frotte les yeux.

"Ce n'est pas assez clair ? Il faut changer notre façon de concevoir, sortir du respect passif d'une réglementation de plus en plus pesante"; changeons le droit de l'urbanisme, jetons les '8 tonnes de papier" qu'il représente, moyennant un débat rapide devant le Parlement.

Grâce à cela, tout deviendra possible et de nouvelles centralités verront le jour : le prolongement de La Défense à Gennevilliers (ça c'est l'extension de La Défense sans projet), la Cité Judiciaire aux Batignolles, une nouvelle gare TGV à La Défense ou entre Pleyel et le Bourget, etc…

Mais que n'y avions nous pensé plutôt !

Pour cela il faut développer la mobilité, fonction cruciale mise à mal par le système actuel à bout de souffle, à partir de quatre critères de développement:
 - Le haut débit des transports ou la grande vitesse régionale
 - Un maillage fin
 - L'irrigation locale
 - La participation à la scénographie urbaine avec des liens aériens quand cela est possible

Vient alors une série d'annonces générales :
 - Le passage au principe d'une tarification unique en Île-de-France quelque soit le trajet,
 - Le fonctionnement la nuit à horaires fixes
 - 1 seule régulation du trafic pour la RATP et la SNCF
 - des nouvelles gares faciles d'accès, véritables armatures des pôles d'échanges

Puis des projets particuliers :
 - Prolongement de la ligne 14 depuis Pont Cardinet jusqu'à Clichy
 - Eole de Saint-Lazare à La Défense (citant Devedjian mais oubliant la Gare à Nanterre)
 - Le lien rapide Roissy Gare du Nord
 - Un lien souterrain Saint-Lazare Montparnasse …

Arrive enfin le nouveau système de transport automatique, rapide, de grande capacité permettant de relier les grandes polarités urbaines de demain : 130km en aérien si possible au design et à l'ergonomie exemplaire : "se déplacer devient un plaisir". Comme on voudrait le croire.
Mais attention, pas de vague, il ne s'agit pas de revenir sur ce qui est décidé par les élus de la Région, pas de faux débat. Il ne s'agit pas de retrancher, il s'agit d'ajouter. Arc Express a du plomb dans l'aile mais tout n'est pas perdu.
Depuis Le président de la RATP, Pierre Mongin, a confirmé qu'un établissement spécifique ad hoc sera créé pour la construction de ce métro automatique. L'ouvrage sera ensuite remis au Syndicat des transports d'Île-de-France pour exploitation. Tout est donc déjà décidé.

Arc Express, c'est relier les banlieues denses déjà développées par un système performant et rapide permettant d'éviter de passer par le cœur de la métropole pour faire du banlieue-banlieue. C'est demain, 2015-2016 et cela représente une vraie amélioration pour les franciliens.
Les 130km de grand huit autour de la métropole, projet de Christian Blanc, sont plus prospectifs et destinés à accompagner le développement de nouveaux pôles d'excellence; c'est un projet complémentaire qui prendra plus de temps et dont la rentabilité sera plus longue à obtenir.
Le risque serait de confondre ces deux objectifs complémentaires mais bien différents.

Le Plan Transport de la Région plus le métro automatique représentent 35Md €. La France traverse la crise et ne doit pas renoncer à l'investissement, dont le financement viendra d'une valorisation du foncier (pas de l'État semble-t-il).
Si on crée 30 nouvelles gares, il faudra utiliser les droits fonciers des environs qui en se valorisant permettront d'en faire profiter l'ensemble des franciliens.
L'EPAD annonce fièrement avoir 100 millions d'euros de droits à construire pour participer au financement du prolongement d'Eole. Malheureusement la prolongation d'Eole devrait coûter plus de 2Md € ! Le compte n'y est pas.

Au passage il sera plus facile d'amortir les nouveaux TC si on les utilise 24h par jour, et ce sera plus facile avec du matériel automatique, puisqu'il ne pourra y avoir de bataille sur le service minimum (un petit coup au droit de grève en passant, ça ne fait pas de mal).

Dans ces conditions, beaucoup de projets seront rentables permettant des Partenariats Public Privé. Nous y voilà, on privatise les transports publics; une mission est confiée à Gilles Carez pour qu'il fasse des propositions sur le sujet.
Malgré l'évidence tant répétée par Jean-Paul Huchon dont la Région sans endettement peut obtenir des taux de prêt bien meilleur que n'importe consortium privé, qu'attendre des conclusions de cette commission sinon que les PPP sont l'avenir du Grand Paris. Est-ce bien raisonnable ?

Reste à définir dans quel cadre développer le cœur de cette croissance verte, la stratégie d'attractivité et de relance économique que représente le Grand Paris pour préparer la France d'après crise ?
Dans l'Agora du Grand Paris, construite à partir de Paris Métropole (pourquoi pas ?) puisque cela concerne tout le monde, pas un seulement un parti ou un camp mais bien tous les élus régionaux, départementaux et municipaux réunis. L'État n'est pas seul, il impulse pour définir des projets partagés par tous.
Cela serait-il un satisfecit pour la méthode patiemment développée dans le Conférence Métropolitaine et renforcée par l'adhésion large au Syndicat Paris Métropole ?

Qu'on ne s'y trompe pas, car l'État partagera le pouvoir à la condition que le pouvoir ne soit pas paralysé. Et pour mieux se faire comprendre, d'indiquer qu'un accord avant l'été est possible puisque les dossiers sont connus.
Gare à ceux qui voudront freiner ces ardeurs mal définies, l'État passera outre. Voila qui est clair et qui laisse peut de marge de manœuvre à une discussion d'égal à égal.

Le calendrier est serré et ambitieux, il ne faut pas perdre de temps :
 - Tous les franciliens pourront participer à des états généraux début 2010 (un peu avant les régionales, tient donc)
 - Les transports du Grand Paris doivent être prêts dans 10 ans et les travaux d'infrastructure démarreront avant 2012 (il n'y aurait pas une présidentielle en 2012 ?)
 - En 2009, naîtra une loi définissant les modalités de maîtrise ouvrage, les outils juridiques et les moyens de financement (cette année donc)
 - Le projet de loi sera soumis en octobre afin de définir les structures juridiques pour porter ces projets
 - 2010 1er Forum mondial des villes qui viendra ensuite régulièrement tous les 4 ans faire le point sur les avancées dans le monde (croyez-vous que Valérie Pécresse, candidate aux régionales en sera l'animatrice ?)

Comment ne pas terminer, après avoir assené par avance de tels coups à toute forme d'opposition au grand dessein du Président, en caressant à nouveau dans le sens du poil ?

Le lieu d'enrichissement du projet sera un Atelier International du Grand Paris en collaboration avec l'APUR (Atelier parisien d'Urbanisme, Delanoë donc) et l'IAURIF (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la région Île-de-France, Huchon donc) pour accompagner les développements futurs.

Et le meilleur pour la fin, "mes Successeurs décideront de la gouvernance, ce sera l'affaire d'une autre génération, d'un autre temps".
Voyez comme il n'y a pas malice, comme tout cela est désintéressé et destiné seulement au rayonnement de  la France.

Conclusion :

Un sentiment très mitigé et beaucoup d'espoir mêlé d'inquiétude.

D'un côté une vision multipolaire, ouverte développée en concertation avec les élus : c'est le SDRIF, enfin repris et accepté par le gouvernement.
De formidables idées d'architectes mondialement reconnus, un besoin évident de renouveau, des élus motivés pour cela : l'État est de retour pour aider au développement économique de la région capitale. Bravo.

Malheureusement, c'est l'État qui décide, des PPP, le droit de l'urbanisme aux oubliettes, on construit en zone inondable et dans les délaissés des infrastructures, les dossiers sont connus et bouclés d'ici la fin de l'année (La Défense – Gennevilliers n'est pas si connu que ça comme dossier).

Pour autant, Nicolas Sarkozy après tant d'annonces a suscité des attentes fortes. Les élus disposent des outils pour mener ces projets à bien et sont disponibles.

Alors prenons au mot le Président, conduisons ces projets en veillant à ce que les citoyens puissent s'exprimer et que tous ces engagements se transforment en réalité.
C'est une formidable chance pour notre région et notre pays. Nous devons saisir cette opportunité.
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