Débat sur l’aménagement de Nanterre « Concilier le développement économique avec les enjeux de l’emploi et de la formation des nanterriens. »
Nanterre veut choisir son développement. Et la composante économique de ce développement est majeure. On ne construit pas la même ville selon que l’on opte pour un modèle exclusivement tertiaire ou sur un modèle diversifié, laissant une place significative aux TPE – PME et aux industries nouvelles, gage d’innovation. Aujourd’hui Nanterre est très marquée par ce que l’on peut appeler le schéma économique et immobilier de La Défense. Notre ville en a bénéficié, continue d’en bénéficier et ne se renie pas. Est-ce pour autant un modèle urbain ? Bien sûr que non. La Défense n’est qu’une partie de ville, démesurée, uniforme, minérale, une ville tronquée où l’on travaille, où l’on consomme mais que l’on habite peu et où l’espace public est aussi vaste que désert à certaines heures et certains jours de la semaine.
A l’inverse, l’histoire industrielle de Nanterre n’est pas encore dissipée, nos ressources de création d’entreprises sont nombreuses et surtout notre envie de ville est intacte.
La Défense n’est pas un schéma à proscrire mais elle n’est certainement pas non plus un modèle à dupliquer. Pourtant c’est bien ce que voudrait nous imposer l’Etat sarkozien, relayé par les établissements publics d’aménagement et un conseil général aussi avide de prestige qu’absent de ses compétences traditionnelles (action sociale notamment). En témoignent le plan de relance de La Défense, le rapport Lelarge et le rapprochement EPAD - EPASA. Ainsi, le rapport Lelarge, constatant que La Défense est à l’étroit derrière le boulevard circulaire, envisage tout bonnement de réaliser à Nanterre 1 000 000 m² de bureaux supplémentaires dont 800 000 sur les Groues. Cela reviendrait à doubler le parc de bureaux de la ville qui en compte déjà 1 000 000 m².
La logique de l’Etat revient donc à poursuivre un modèle économique obsolète et générant des déséquilibres. Cette vision de quartiers d’affaires sans habitants, passablement énergivores et centrés sur les fonctions décisionnelles des grands groupes a vécu et devient déraisonnable. Déraisonnable parce qu’elle témoigne d’une logique de « croissance sans développement ». Croissance financière sans richesse partagée avec le territoire et avec les populations. A quoi bon accueillir des emplois s’ils ne peuvent bénéficier aux habitants ? si les salariés ne peuvent dynamiser le commerce local ? Et que l’on ne nous rétorque pas que la recette fiscale compense l’atteinte à la cohésion sociale. La taxe professionnelle est de moins en moins élastique et demeure menacée, sans compter que P. Lelarge comme N. Sarkozy prônent la mutualisation de la manne fiscale pour compenser le désengagement de l’Etat sur le financement des infrastructures de transports. Déraisonnable aussi parce qu’elle fait fi des besoins des salariés : déjà 90% d’entre eux n’habitent pas Nanterre, où vivront-ils alors que la situation du logement est critique en Ile-de-France ? Combien de temps passeront-ils dans les transports ?
Déraisonnable enfin parce qu’elle tourne le dos à la nécessaire cohésion qui doit apparaître entre le tissu économique et le territoire où il est implanté. Le symptôme le plus évident en est la terrible inadéquation entre offres et demandes d’emploi à Nanterre. Fin 2008, le chômage des nanterriens est reparti à la hausse (+6.4%), les moins de 25 ans et les plus de 50 ans en sont les premières victimes.
Cette vision qu’a l’Etat du devenir de notre territoire est à peine modérée par l’établissement public d’aménagement Seine-Arche dans son plan-guide pour les Groues puisqu’il ramène de 800 000 à 400 000 m² les objectifs de production de bureaux aux Groues.
Pour faire face à ces planifications de courte-vue, nous devons nous organiser et promouvoir notre vision. Pour cela, nous serons indéniablement plus forts à plusieurs. Certains de nos voisins ont des préoccupations proches des nôtres : Rueil et Suresnes ont un tissu économique mixte qui ressemble au nôtre, nous avons de réelles convergences. Ces deux villes souhaitent soutenir leurs artisans et leurs PME et contenir la multiplication des bureaux. Rueil, qui met en œuvre une politique d’insertion ambitieuse et couronnée d’un certain succès, nous est même proche dans les domaines de l’accompagnement vers l’emploi et la qualification. Notre Maison de l’Emploi et de la Formation travaille étroitement depuis sa création avec celle de Rueil – Cœur de Seine au sein d’un comité de coordination. Nous menons également ensemble des chantiers d’insertion pour la réhabilitation des talus SNCF. Notre complémentarité et la pertinence de ce travail conjoint n’est plus à prouver.
Avec un million de mètres carrés de bureaux, Nanterre représente déjà 18% du parc tertiaire du bassin. Avec Suresnes et Rueil qui pèsent ensemble un autre million, nous représenterions plus d’un tiers du parc. Or mener une politique économique s’appuie sur la mise en œuvre d’une politique immobilière, elle-même traduction d’une politique d’aménagement. Celle-ci demande des moyens… et exige de la coordination. Au sein d’une intercommunalité intelligente avec Rueil et Suresnes, nous pourrions : - disposer d’un poids économique significatif, - influencer des choix d’activités en phase avec le territoire et ses actifs - décider de laisser une place : => aux PME qui ne trouvent pas de locaux adaptés en surface et en prix aujourd’hui à Nanterre => aux éco-industries qui pourraient tirer partie de la présence de la Seine, => aux industries logistiques qui bénéficieraient de nos infrastructures, => au secteur de l’habitat durable, très prometteur en création d’emplois => et enfin à l’économie sociale et solidaire qui est une véritable économie complémentaire en phase avec qui nous sommes, tant du point de vue du lien social qu’elle entretient à travers les emplois associatifs que du sens qu’elle donne à l’activité économique, notamment via l’insertion.
Subir une croissance tertiaire et myope ou faire le choix d’une économie support de développement humain, voilà l’alternative. Et l’intercommunalité est un outil pour porter notre choix. Elle doit se faire sur un projet commun et sur des intérêts partagés.
Les Nanterriens ne nous ont pas élus pour démultiplier La Défense mais bien pour développer une ville harmonieuse. En ces temps d’adversité de l’Etat, c’est avec nos voisins naturels du sud et de l’ouest que nous y parviendrons.
Sophie Donzel Maire-Ajointe à l'économie, à l'emploi, au commerce et à l'artisanat.
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